Les ados pensent souvent qu’ils ont beaucoup plus besoin les uns des autres que les adultes. Ils sont notre avenir ; c’est par leur courage et leurs efforts, parfois outranciers mais créatifs, pour « ne pas être comme tout le monde » que l’espèce humaine a pu s’adapter. – Daniel Siegel

Daniel Siegel est neuroscientifique et est l’auteur du livre Le cerveau de votre apprenti-sage. Il  explique en quoi comprendre l’évolution et les changements survenant dans le cerveau des adolescents permet de mieux les comprendre et les accompagner.

2  grandes transformations touchent le cerveau des adolescents : l’élagage et la myélinisation. Ces changements à l’œuvre dans le cerveau des ados permettent de comprendre l’évolution du processus décisionnel chez eux.

L’élagage

Le cerveau réduit le nombre de ses cellules de base, les neurones, et de leurs connexions, les synapses.

L’élagage est une déconstruction/construction : plus un circuit neuronal est emprunté, plus il se renforce. Moins il est utilisé, plus il risque d’être éliminé au cours de l’élagage au cours de l’adolescence.

La myélinisation

La myéline est une substance formée de plusieurs couches de membrane cellulaire et enveloppant, telle une gaine, les fibres prolongeant certains neurones. La gaine de myéline permet d’augmenter la vitesse de propagation de l’influx nerveux.

En acquérant des compétences et des connaissances, l’apprenti-sage développe de nouvelles connexions et même de nouveaux neurones. Une fois ces nouvelles connexions synaptiques établies, le cerveau fabrique de la myéline pour rendre le circuit de transmission plus rapide.

Le remodelage

Les processus d’élagage et de myélinisation des connexions opèrent une restructuration complète des circuits cérébraux. les neuroscientifiques parlent de « remodelage dans les zones frontales du cortex  » permet à l’adolescent de devenir conscient de lui-même, de réfléchir à la vie de manière conceptuelle et abstraite. L’adolescent commence alors à s’interroger sur sa propre personnalité et à explorer avec créativité le sens profond de la vie, de l’amitié, des apprentissages scolaires, etc.

Comme la zone en chantier est surtout celle du cortex préfrontal, les nombreuses fonctions assurées par ce dernier – contrôler les émotions, prévoir l’avenir, être lucide et empathique – sont les premières à être affectées par les émotions intenses et l’influence des camarades. Elles sont plus fragiles et plus facilement perturbées à l’adolescence qu’à l’âge adulte

Les différentes étapes du développement cérébral

Nos multiples connexions neuronales remplissaient notre esprit d’une foule de détails. C’est précisément ce dont nous avions besoin pour absorber tout ce que nous apprenions. À l’adolescence se fait sentir un besoin de stimulus autours de la  récompense , une intensification de nos réactions émotionnelles et de notre engagement relationnel.

A l’adolescence, l’esprit supprime les informations devenues inutiles (c’est l’élagage). En parallèle, des connexions neuronales plus précises et plus efficaces (la myélinisation des connexions restantes) contribuent à développer une aptitude à juger non plus uniquement d’après des détails, mais selon une vision globale et intuitive des choses.

En matière de prise de décision, l’adolescent se focalise sur des détails sans avoir le recul que confère l’expérience, et, raisonnant en termes de probabilités, il se dit qu’il a toutes les chances que tout se passe bien (sauf que parfois ce n’est pas le cas).

Les émotions fortes et leur souci d’être acceptés par leurs entourages  déclenchent chez les adolescents des comportements impulsifs ou des prises de décision hyperrationnelles, motivées par une soif de récompense.

Pourtant, Siegel tient à rappeler que l’adolescence a une vraie fonction vitale dans l’évolution de l’espèce humaine (sur le plan individuel et collectif). Cette période de la vie pousse les adolescents à prendre les risques nécessaires à leur émancipation.

Le pouvoir de l’esprit adolescent est avant tout sa capacité à résoudre des problèmes de manière inédite et novatrice (créativité) à travers le développement d’une pensée conceptuelle et abstraite.

L’adolescence, l’âge de l’innovation

Prise de risque, créativité et sens du groupe au service de l’évolution de l’humanité

Daniel Siegel s’enthousiasme que l’adolescence soit l’âge idéal pour innover. Selon lui, la prise de risque, la  créativité et le sens du groupe des adolescents sont au service de l’évolution de l’humanité. Le besoin de prendre des risques est inscrit dans les structures cérébrales des adolescents ; ils sentent profondément que c’est une question de vie ou de mort. A l’échelle de l’espèce humaine, il s’agit d’une question de survie.

Par ailleurs, l’adolescence est marquée par le besoin de tisser des liens avec d’autres jeunes du même âge qui, eux aussi, sont en train de partir à la découverte du monde.

Daniel Siegel explique que c’est parce que le groupe procure un sentiment d’appartenance rassurant. Aux débuts de l’espèce humaine, il valait en effet mieux être nombreux pour guetter les prédateurs, pour s’émanciper, pour partager et œuvrer à la création d’un monde nouveau nécessaire à la survie de l’espèce.

Siegel affirme que si l’Homme et la Femme veulent survivre,  ils vont avoir besoin de toute l’ingéniosité de l’esprit adolescent qui est rebelle pour trouver des solutions aux problèmes causés par les générations précédentes.

Pour une regard positif et bienveillant sur les adolescents

Un point crucial dans la relation adultes/ ados est donc de rester ouvert à la communication (CF articles CNV ici). Les outils proposées par la parentalité consciente et bienveillante peuvent donner des pistes pour y parvenir et permettre aux ados de passer « du seulement moi au nous aussi ».

La pensée abstraite et conceptuelle, le besoin accru de récompense et la recherche de la nouveauté sont trois sources susceptibles d’alimenter la pensée créative. Naturellement, elles doivent être associées à des études sérieuses, afin que le savoir nourrisse l’innovation. – Daniel Siegel

Le neuroscicentifique reconnaît que ce sont des années difficiles à gérer en tant qu’adultes (parents et enseignants), parce qu’elles n’impliquent pas seulement une attitude innovante, mais aussi des prises de risque et de la rébellion.

Pourtant, il existe un juste milieu possible, où le besoin de nouveauté et d’exploration des ados peut être respecté et satisfait. Ce juste milieu se trouve dans une compréhension empathique et des échanges respectueux pour faciliter l’intégration entre les générations.

Comprendre les étapes du développement du cerveau peut aider à adopter une attitude positive et bienveillante envers les adolescents de la part des adultes. C’est d’autant plus important que les adolescents humains totalement isolés des adultes sont privés de ressources dont ils ont pourtant besoin (expérience, sécurité affective, attachement sécurisant, soutien).

Siegel rappelle que la distance prise par l’adolescent n’est pas synonyme de rupture totale (et ne doit pas le devenir).

Si les différentes générations essayaient de mieux se comprendre, ces années de transition et d’innovation pourraient être mieux vécues, comme l’occasion pour l’ado de se réaliser. Autrement dit, tout le défi consiste à considérer le pouvoir et le potentiel du cerveau adolescent, ainsi que son esprit en éveil, comme des atouts et non des poids. – Daniel Siegel

Ainsi, comprendre le cerveau des apprentis sages  ouvre de nouvelles perspectives en termes de relations  familiales  et d’enseignement au collège/lycée.

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Source :  Le cerveau de votre ado de Daniel Siegel (éditions Les Arènes). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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